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Cultures Contemporaines : Que ressentez-vous aujourd’hui, un an après le tragique événement de la Tour 2 de l’allée du stade qui a plongé certaines familles d’origine africaine, haïtienne, antillaise et française dans une profonde tristesse ?
Patrick Sève (ému) : La première des choses que je voudrais dire, c’est que ça restera comme un évènement d’une intensité, d’une dramaturgie, d’une douleur inégalées. Il y a une vingtaine d’années que je suis élu local, et une quinzaine d’années que je suis maire. Je n’ai jamais été confronté à un drame de telle nature. Les élus locaux sont toujours en première ligne dans de telles situations.
Voyez un peu ce qui se passe aujourd’hui à Cachan, avec mon ami Le Bouillonnec… Il y a un an, j’étais au pied des tours pour assister les familles des dix-huit victimes dans une seule nuit. Un an après je retiens que l’événement continue de marquer profondément la population.
Je pense aussi que dans ces moments-là on doit démontrer que les services publics, les services d’État, que les mairies, les administrations communales sont aux côtés des habitants.
Le deuxième enseignement : c’est la capacité qu’ont eu tous ces gens, à la fois pour manifester leur solidarité et venir en aide aux familles attristées et aux rescapés. Nous avons relogé tous les gens qui ont souhaité déménager après ce drame ; nous avons facilité le retour de tous ceux qui souhaitaient revenir chez eux. Nous avons avec des cellules d’aide psychologique tenté d’être à leurs côtés pour apaiser leurs douleurs. Mais je ne suis pas sûr que nous y sommes parvenus car un an après, il y a toujours des gens qui sont très marqués.
C.C. : Quelles sont les mesures que vous avez prises aujourd’hui pour rassurer les populations de ce quartier qui vivent encore peut-être dans l’angoisse d’une éventuelle récidive ?
P.S. : J’évoquerai deux aspects : il y a un aspect accidentel qui n’est jamais prévisible quand quatre jeunes filles mettent le feu comme elles l’ont fait par bêtise à des journaux dans une cage d’escalier et dans des boîtes aux lettres. Cela fait partie de ce qui n’est pas prévisible et les conséquences on l’a bien vu dépassent les intentions. Il y a l’aspect sécurité, prévention, c’est-à-dire l’entretien des immeubles et bâtiments auquel, je suis très sensible en tant que maire de cette ville.
Or dans cette affaire, l’enquête qui a été conduite en particulier par les pompiers et la police a démontré que l’immeuble en question était aux normes, comme la plupart des immeubles collectifs, d’Île-de-France et de la région parisienne. Il n’empêche quand même qu’à travers ce drame nous ayons réactivé, toute une réflexion sur la nécessité de vérifier que tout ce qui concerne la sécurité dans un immeuble collectif doit être entretenu, surveillé, faire en sorte que les bailleurs prennent leurs responsabilités. Je voudrais évoquer un troisième aspect ; c’est la réaction des gens face à un drame de cette nature. Le commandant des pompiers présent le soir du drame me disait que si les gens étaient restés chez eux, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Les gens sont morts d’asphyxie parce qu’ils sont sortis de chez eux trop vite et trop brutalement. Je dois désormais développer des campagnes d’information et de sensibilisation. On n’est pas dans le cas de Paris où il y a eu des morts parce que les immeubles étaient en mauvais état, hors normes.
C.C. : Que mettez-vous en place pour développer cette campagne d’information et de sensibilisation ?
P.S. : Je crois que tout ce qui a été fait auprès des bailleurs tout au long de l’année, auprès des populations, permettra de mieux informer les gens, j’ai même interpellé le Ministre Borloo là-dessus. J’ai demandé une campagne nationale sur les différents médias pour dire aux gens ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire. C’est un travail qui doit se faire régulièrement avec l’association des locataires, les gardiens des bailleurs des différents quartiers.
C.C. : Vos réactions par rapport à la décision de justice de libérer les quatre jeunes filles qui sont à l’origine de ce drame?
P.S. : Je n’ai pas pour habitude de porter des jugements sur une décision de justice. Je suis bien évidemment comme beaucoup de gens extrêmement partagé, c’est-à-dire que je n’oublie pas moi les dix-huit victimes et les cent-dix familles qui ont été bouleversées par ce drame et qui peuvent ne pas comprendre ou accepter la libération un peu particulière de ces jeunes filles parce qu’elles sont réparties sur des territoires extérieurs au secteur de L’Haÿ-Les-Roses. Comme je l’ai toujours dit, il s’agit plus d’une bêtise que d’une volonté réelle de tuer. La justice a ses règles et ses choix, je n’ai pas de commentaire à faire sur leur sortie de prison.
C.C. : Parlons, si vous le voulez, d’autre chose. Les jeunes de votre ville ont besoin d’épanouissement et d’éducation afin de cesser de traîner au pied des immeubles. Quels sont vos projets culturels et éducatifs pour les accompagner ?
P.S. : Vous abordez deux problèmes distincts. Vous parlez de la culture qui s’adresse à toutes les générations et de la jeunesse. Savez-vous qu’à L’Haÿ-Les-Roses, nous avons fait de l’école la priorité des priorités parce que tout commence à l’école. Ce n’est pas un hasard si depuis des années, nous avons mis en place un programme pluriannuel de rénovation de nos écoles. Nous avons un programme de réussite scolaire qui a été validé par la Préfecture. Il y en a seulement deux dans la Val de Marne ; Créteil et L’Haÿ-Les-Roses. Nous avons un programme d’accompagnement qui marche très bien dans certains quartiers de notre ville. Tout ceci revient à dire que nous avons une politique municipale très active et très déterminée sur ces questions. Je tiens à vous dire que 2007 sera l’année de la culture à L’Haÿ-Les-Roses, parce que nous avons le plus grand projet en terme d’investissement des trente dernières années sur la commune. Nous allons rénover et réhabiliter le Moulin de la Bièvre pour en faire une maison des associations culturelles, nous allons construire une salle de fêtes polyvalente, nous allons reconstruire l’espace jeunesse en face du collège Chevreul, je pourrais vous en citer bien d’autres …Après tous ces travaux, les jeunes se retrouveront dans des équipements qui leur permettront de participer à des activités, de mieux s’épanouir au lieu de traîner comme vous le dites au pied des immeubles. Je n’oublie pas non plus que le rôle d’un maire d’une ville par rapport à ses propres compétences ; c’est à la fois de proposer ces équipements mais pas seulement, c’est aussi de ne pas construire une cathédrale vide. Il faudrait aussi que les gens qui seront appelés à animer ces équipements soient suffisamment dynamiques et au contact des jeunes pour mieux répondre au souci que vous manifestez.
C.C. : Votre dernier mot Monsieur le Maire
P.S. : C’est vraiment magnifique de pouvoir travailler comme élu local avec des projets et de pouvoir les réaliser. Je souhaite être jugé d’abord sur ce que je fais et non sur ce que les gens entendent ou croient.
Propos recueillis par Robert Folly-Virard
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